mercredi 4 juillet 2018

Couleurs…



À force de les avoir sous les yeux, on finit par ne plus les voir. 
En somme, on ne les prend pas au sérieux. Erreur ! 
Les couleurs ne sont pas anodines, bien au contraire. 
Elles véhiculent des codes, des tabous, des préjugés […], 
elles possèdent des sens variés qui influencent 
profondément notre environnement, nos comportement, 
notre langage et notre imaginaire.
Dominique Simonnet



Lorsque la température atteignait des pics, sa peau devenait bleue ou rouge, et il avait remarqué qu’il pouvait tracer des dessins blancs dessus. La couleur de fond disparue et la sensibilité retrouvée, le trait passait du blanc au rouge et gonflait en picotant… 
Le trait rouge persistait un peu plus longtemps, mais au bout d’un jour ou deux, toute trace s’était évanouie.



dimanche 1 juillet 2018

le visible & l'invisible… la foi "perceptive"…

L'idée qu'il pouvait avoir quelque "quelque chose qui n'allait pas" mit trois ans à s'imposer à son esprit.
– "trouble de la zone visuelle du cerveau" –



Il me faisait face avec ses oreilles […] Il voyait bien, mais que voyait-il ?
[…]
il n'affrontait jamais la physionomie de l'image : le paysage ou la scène n'avait pour lui aucun sens.







Visuellement, il était perdu dans un monde d'abstractions inertes. Manifestement, il avait totalement perdu contact avec le monde visuel réel, de la même façon qu'il n'avait plus, pour ainsi dire, de "soi" visuel. Il pouvait parler des choses, mais il ne leur faisait pas face.


Oliver Sacks, L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau



samedi 23 juin 2018

Cassandre Oz (chapitre 03)


* * *



Blanc, pivoine, neige, écrevisse, linge, rouge… ces couleurs successives lui donnent la sensation d’être un point clignotant, une sorte de phare criant, un signal d’alerte inévitable. Il a le sentiment d’être trahi, perceptible, manifeste et son travail contaminé, falsifié. Sa recherche lui semble désormais impossible. 
      Il doute continuellement de sa non-remarquabilité. Il en vient à penser qu’on ne peut plus l’ignorer. Et si on le perçoit, qu’on prend sa présence en considération, forcément, on agit en conséquence. Cela tourne dans sa tête… 
Ses analyses se trouvent donc faussées ! Tout ce qu’il fait, énonce est biaisé, factice.

Peut-être faudrait-il qu’il opère autrement. Il pourrait entamer une observation panoramique et globalisante du quotidien, de ce qui l’entoure. Il pourrait se lancer dans une étude du vivant, sur le vif et en immersion. Pourquoi pas un visionnage formel et continu, un mouvement inclusif et une mise en rapport actif avec le sujet, une implication personnelle ? 
Mais il n’a aucune idée de la marche à suivre pour cela. 
Accoutumé à une investigation continue, la vie de Cassandre Oz s’était petit à petit organisée autour de ses recherches sur le Cercle. Tout dans son existence s’était orienté autour de ces phénomènes et de leurs observation & analyse. Au fil des ans, son regard, son esprit avaient été éduqués à ne plus voir, appréhender, digérer, penser… en dehors de ces biais, selon ces critères d’évaluations, au rythme d’étapes protocolaires. Il avait perdu l’habitude et même la faculté de regarder sans filtre, fin ou dessein.                                                                                                                                                                                                                                                                         
      Pris dans l’engrenage de son enquête, son étude, en 20 ans d’expérience, Cassandre Oz était devenu un observateur, un spectateur, un témoin total ; un élément extérieur, neutre. Le Dr. Oz était devenu un chercheur exceptionnel, invisible, …étranger à la vie normale, commune, réelle…
L’éminent professeur Oz s’est éteint ce matin à la suite d’une crise chromatique.



mercredi 20 juin 2018

Cassandre Oz (chapitre 02)


* * *



Cependant, depuis quelques temps, Cassandre est pris de doutes. Ses formules ne lui semblent plus si fondées, ses analyses et déductions lui paraissent erronées, injustifiées. Il n’ose plus écrire, plus rien dire, exprimer. À vrai dire, il n’ose plus grand chose. La peur le prend au ventre, souvent, n’importe où. La honte l’escalade continuellement. 

       L’objectivité n’existe pas … tout est relatif … l’erreur est humaine … et puis le ridicule ne tue pas ! Tout cela est certainement vrai, mais cette idée d’erreur, cette ombre du doute, ce spectre de l’absurdité, ça bloque, ça donne des sueurs froides… ça fait rougir ! 
       Le rouge, Cassandre le porte mal, surtout sur place, d’autant plus à l’arrêt. Avoir le rouge aux joues après une course est acceptable, aux yeux après vingt longueurs, pas désagréable, mais comme ça, dans l’inaction, il ne le supporte pas. 
       Puis, alternativement, passer par le blanc, le livide… n’est pas plus acceptable.

Arrêter les choses, les décomposer, en scruter les éléments à la loupe ou au microscope, les analyser avec le recul nécessaire, une distance neutralisante… Il n’est plus certain de sa formule ni de son processus de décryptage. 
      – Décortiquer, inspecter tous ces rapports, tous ces signes ou signaux du dehors, est-il le processus adéquat ?
      – Prélever, échantillonner, isoler les différents éléments, examiner chaque détail est-il vraiment juste, sensé ? 
      – Comment un extrait pourrait-il restituer l’essence d’un phénomène ou en déterminer la cause ? 
      Observer, collecter, relever, noter, annoter puis étudier a posteriori constitue-t-il le procédé le plus pertinent pour lire, analyser et comprendre les relations, la communication, le langage ?
Tout cela lui semble tellement absurde, saugrenu, inepte…




dimanche 17 juin 2018

Cassandre Oz (suite 01)


Depuis qu’il s’est lancé sur le sujet, il ne s’en est plus détourné. Il lui a donné tout son temps et n’a jamais remis en question ni sa démarche ni son protocole. Ses analyses lui ont toujours semblé justes et logiques, répondant à un raisonnement fondé, élaboré selon des critères et des données scientifiques.
      Observer, contempler, scruter, considérer, parcourir, lorgner, examiner, fixer. Son travail le passionne. 
Tous les matins, il se lève avec enthousiasme pour s’y remettre. Lorsqu’il n’est pas sur le terrain pour prélever le matériel nécessaire à son investigation, c’est avec autant d’entrain qu’il pénètre dans son bureau, se rend à la bibliothèque ou dans différents centres de recherche, dans divers lieux de documentation ou archivage. Il se demande même parfois si s’attabler à ses notes, aux échantillons qu’il a récoltés in situ ne lui procure peut-être même pas plus de plaisir.
      Examiner, analyser, développer, déduire, conclure, rédiger. Son travail est fascinant !
      …
      Se lancer à corps perdu, ne dit-on pas ? 
      Cela fait des années qu’il se donne « corps & âme » à son travail, qu’il s’y consacre complètement, s’y « implique » entièrement. Au fil des ans et des cas, il a le sentiment d’avoir assis son propos et bien étayé sa recherche. Issues de raisonnements éprouvés, ses hypothèses, ses déductions, lui semblent avoir atteint l’état de connaissances. De nombreux chercheurs évoquent ou s’appuient d’ailleurs désormais sur son étude et ses résultats.
      …
      Quotidiennement, Cassandre Oz s’adonne consciencieusement à sa recherche.











jeudi 14 juin 2018

Cassandre Oz…


  Cassandre Oz est journaliste & chercheur en relation et communication humaine. Il est reconnu comme l’un des plus grands spécialistes du Cercle
Son quotidien consiste dans l’examen méticuleux de l’ordinaire et de l’infime de la vie. C’est un observateur hors paire des liens familiaux, des signes et symptômes familiers, et un éminent débusqueur de sens qui excelle entre autres dans le décryptage du non-dit, des gestes invisibles et des micro-réactions. 
L’observation et l’étude du normal nécessite le naturel du sujet, une pureté de son action. Pour cela, l’environnement de ce dernier ne doit en rien être perturbé, influencé… Avec les années, Cassandre Oz a développé une faculté d’invisibilité assez remarquable. Il est capable de se fondre dans n’importe quel décor, de se faire instantanément oublier.
Cassandre Oz est de taille moyenne, assez fin, châtain, les yeux brun-noisette. Il porte des escarpins à semelle souple et des vêtements aux tonalités grises plus ou moins claires ou foncées, parfois un peu d’écru, ou des teintes entre le gris et l’écru comme des nuances ficelle ou lin. Son odeur est trop peu remarquable pour attirer l’attention, sa respiration inaudible, son rythme calqué, ajusté selon les êtres et éléments qui l’entourent, ses mouvements ne déplacent pas d’air… Cassandre Oz est un excellent agent de terrain.



mardi 5 juin 2018

jeudi 31 mai 2018

Il s'appelle Cléo.


Tout à coup, la naissance est interrompue et remplacée, déplacée, suspendue.
Une introduction va précéder la sortie…

Le corps est endormi et ouvert.

Une intrusion initie l'extrusion…
On presse une exploration, on opte pour quelques outils ; l'application de forces mécaniques est nécessaire.

L'autre est bien éveillé. 

Commence l'extraction corporelle.
L'éveillé ressent l'air, rencontre l'inconnu.
On coupe le lien. On le nettoie. Il ne reste plus rien de l'endormi. 

L'éveillé est petit, trop petit. 
On le met donc dans une petite boîte vitrée pour le mettre à l'abri, éviter tout risque, l'isoler.

L'ouvert a été refermé et dort toujours, en salle de réveil.
L'éveillé s'est endormi au fond du couloir, dans la nursery.
Tout s'est bien passé…



césarienne, du latin caesar "enfant né par incision", de caedere "couper", "inciser"
Étymol. et Hist. Av. 1585 adj. (Fr. RoussetDe l'enfantement Cæsarien cité par ParéŒuvres, éd. J.-F. Malgaigne, livre 18, chap. 42); 1611 section Cesarienne (Cotgr.). Dér. de César (v. ce mot), ce surnom étant fréquemment rattaché par les aut. lat. à caesus (a caeso matris utero) : cf. PlineNat., 7, 47 ds TLL onom. s.v., 34, 48; d'où, d'apr. IsidoreOrig., 9, 3, 12, ibid. 34, 64, le subst. caesar au sens de « tiré du sein de sa mère par excision » : qui enim exsecto utero eximebantur, caesones et caesares appellabantur.


mardi 29 mai 2018

dimanche 27 mai 2018

Le concept d'intrus…


Il vivait dans un lieu étrange. 
Il n’y pouvait faire rentrer personne. C’est comme si la bâtisse refusait l’intrusion de tout individu, qu’il soit connu, même ami, ou étranger. 
Le règlement ne lui avait pas été communiqué à son entrée, il l’avait découvert petit à petit, au fur et à mesure de tentatives d’invitations. Il ne dirait pas qu’il s’y était habitué, qu’il l’avait réellement accepté, mais, généralement, il le respectait.

Il arrivait cependant parfois, que – comme pris au dépourvu, si ce n’est sujet à une absence… à moins que ce ne soit d’une furieuse envie d’infraction – il laisse pénétrer quelqu’un. Mais d’un coup, comme détecté par des capteurs de mouvement – c’est le plus courant dans les habitations et se déclenche de manière générale dans un laps de temps compris entre 30 sec. et 2 min  – la maison prenait conscience de cette présence et se refermait, rejetant plus ou moins doucement son hôte.

Parfois, il se disait que peut-être c’était mieux ainsi. Son intérieur n’avait rien de remarquable, il n’était sans doute pas très accueillant. Plus le temps passait, plus il remettait en question son confort, sa chaleur, son ambiance, ses couleurs, son décors, sa douceur, la qualité de son mobilier, l’état de son équipement… Il y avait aussi quelques espaces qu’il n’avait pas visités ; soit qu’il ne les avait pas encore repérés soit il n’avait pas osé en pousser les portes. Et cette maison n’était pas pour l’inciter à s’aventurer dans ses murs. Une fois poussées, il arrivaient souvent que les portes se claquent brusquement, se referment toutes seules sans pouvoir se rouvrir, que les escaliers s’échappent, les papiers peints, les meubles, tableaux, bibelots prennent des apparences, des formes monstrueuses, agressives.

Un jour de février, il a décidé de déménager… personne n’a repris la maison qui a finalement disparu elle aussi.


samedi 19 mai 2018

Reconnaissance de paysage…


Il avait mis au point un système de reconnaissance de paysages… une machine infernale, capable, au contact de mutilations, de reconnaître l’espace de leur création. À l’aspect de leurs formes, aux couleurs qu’ils prenaient, selon leur étendue, la manière dont ils s’effaçaient, s’estompaient… le dispositif s’activait et parvenait à déterminer leur nature et leur origine.

On aurait dit une sorte de miroir bizarre… La structure était froide et propre, réfléchissante, coupante, aux formes pures et géométriques. Passé par elle, tout était inversé, renversé d’un coup ; dévoilé à l’envers, présenté sur l’envers, exposé au revers.
Sur le dessus de la machine on pouvait lire :
« Attention ! Les mutilations ont un sens, les insérer à l’endroit. 
Ne pas forcer, leurs tracés, leurs marques sont fragiles. 
Si le paysage ne rentre pas c’est que vous vous êtes trompé de sens. Réessayez. »

La machine ne fonctionnait qu’avec les paysages, des paysages sans être. Des paysages réels, concrets. Pour les natures mortes c’était variable. Une nature morte intitulée Peau d'âne (un paysage immense et vert, planté – sous un ciel silencieux à la fois de lune et de soleil, baigné du jour et de la nuit – d’arbres au troncs immenses et sommets au feuillage vert mousse, représentant un sentier très étroit et à peine visible au milieu d’une pelouse vert sapin sans fin, au bord duquel, à mi-hauteur du tableau, à l’ombre d’un buisson d’arbustes sans forme, était posé un coquillage renfermant entortillés, enfoncés, une fourrure grise, une boule de plumes blanches et une toison frisée au ton pâle…) avait pu pénétrer et avait révélé une masse colorée intéressante, foisonnante, fascinante… et insoutenable ! Une interprétation tout à fait normale, classique.




vendredi 18 mai 2018

mardi 15 mai 2018

J'ai piscine… (et deux carottes)

 – réflexions

L’image du temps devrait être un lièvre, ou un lapin – petit, blanc, rapide.
Au lieu de cela, c’est plutôt à la vue d’un escargot qu’on se dit peut-être, vraiment, être face au temps, à un temps qui passe.
Dans la nature – en réalité – se retrouver face à un lièvre ou un lapin blanc est quasi impossible. Si cela arrive, il ne peut s’agir que d’un moment furtif, d’un instant éphémère… ou, s’il dure un peu, ce ne peut vraisemblablement qu’être un arrêt du temps, une crainte, une tétanie partagée ; un espace extra-ordinaire
La plupart du temps – en temps normal –, si on l’attend, on le manque, on le rate…

L’idée d’une quatrième dimension est plaisante, cela introduit du mystère et un sentiment d’exploration possible. À l’application de cette formule, le temps semble pouvoir être neutralisé et étudié – disséqué. L’imaginer tiré à quatre épingles, étiré, retroussé, découpé, décomposé lui donne un attrait, si ce n’est amusant, du moins fascinant… Bela se représente la fourrure blanche ouverte sur l’intérieur rouge, brun, nervuré de bleu, vert et violet… Souffrant d’un problème de convergence, il a déjà du mal à voir en trois dimensions, alors quatre ?

**

La vision du « léporidé » est très large. Du fait de la position latérale de ses yeux, elle peut atteindre un angle approchant 360°, mais seulement à plus d’un mètre. En-deçà de cette distance, un lapin ne perçoit pas (bien) ce qui se trouve en face, sur le bout de son nez. 
Du fait de cette vision latérale, il a également du mal à évaluer les distances et les profondeurs, ce qui lui vaut parfois de belles chutes et lui permet de distinguer deux images simultanément – appréhender ce qui se passe devant son œil droit et son œil gauche dans un même temps, sans rencontre.
– le lapin serait donc un animal obligé de prendre du recul pour distinguer, discerner, mais serait capable de considérer deux images en même temps…


**

Il paraît qu’il faut prendre son temps et trouver sa place… Pour trouver son espace, on peut sans doute le faire à la manière de Boucle d’or, tester la grande, la moyenne, la petite chaise… ou si le culot manque, on peut sans doute mettre à l’eau un bateau de papier et le suivre. 
Mais le temps, comment s’attrape-t-il ?



lundi 7 mai 2018

Arsène Blanc




Depuis quelques temps, il exprime des intérieurs. 
Il dessine des pièces. Il représente leurs murs, leurs portes, leurs fenêtres, des couloirs, des escaliers, s’attarde aux meubles, mobilier, peintures et papiers peints, aux « décorations », aux objets, aux tableaux, aux bibelots, aux éléments qui habitent ces lieux.
Il se dit parfois qu’il les présente seulement, car c’est la première fois qu’il les fait visiter, qu’il laisse quelqu’un y pénétrer, s’y introduire.

Quand il y réfléchit, il trouve cela étrange, absurde… 

Eh ça y est ! Il perçoit bien qu’un « je » est là, qu’il est apparu dans cet intérieur. Il voit cette idée, cette question d’extrait poindre… 
Poindre ou pointer ?

Selon le dictionnaire, poindre signifierait piquer ; provoquer une souffrance physique aigüe ; blesser violemment, provoquer une souffrance morale aigüe ; apparaître sous forme de pointe, apparaître, se faire jour. Pointer serait, selon qu’il soit transitif ou intransitif,  donner des coups de pointe d’une arme blanche ; planter, enfoncer dans ; marquer d’un point ; soumettre à un contrôle ; faire saillie, avancer en pointe ; monter en flèche ; (se) dresser ; (se) diriger vers ; désigner ; orienter vers.

Les deux conviendraient. Pointer irait peut-être mieux avec l’idée d’une construction. Poindre évoquerait un dévoilement.


***


Il voudrait s’extraire, s’effacer de son imaginaire, de ses images. 
Comment faire qu’il n’y ait qu’un jeu, juste, « simplement » une fiction ? Comment écrire, décrire une construction complètement étrangère à lui, autre que lui ?

Du fait qu’il inscrive « il », il voudrait, souhaiterait son absence. Il se dit aussi que peut-être en passant au « elle », ce serait plus flagrant… mais peut-être trop. Un neutre serait mieux. Mais il n’en existe pas (en français ; devrait-il changer de langue ?). 
Pourquoi pas un « on », « on » est assez neutre et même indéterminé en nombre. Mais « on » semble porter une inclusion possible…

Il reste donc au « il »
Mais dès lors qu’il écrit, dit « il », il pose un regard, son regard, et donc sa présence.
Il faudrait donc peut-être passer par un « je » fictif, un je-construction,  je-composition, la prise d’un rôle, pour pouvoir s’absenter, mieux disparaître. Par le « je » imaginaire, l’être créé est un « autre » sous l’apparence, les traits de soi. Un autre, avec quelque chose de soi, un double, un mélange, un hybride. Un « je » construit à partir du « je » réel, inventeur, et d’un « autre » imaginaire-imaginé ; un « je » voulu, désiré, construit, modelé, composé, réfléchi, adéquat, joué, activé.


Pourtant, pour le lecteur, ce « je » semble contenir une ambiguïté qui impliquerait plus l’auteur qu’un « il »


***



Arsène Blanc écrit presque toujours à la troisième personne. Il écrit sous un pseudonyme ; Arsène n’est pas son prénom, ni Cléo, Cassandre, Élie, Bela, Lysandre ou Louison. Arsène Blanc n'existe pas.
 (vraiment)



dimanche 6 mai 2018

mercredi 18 avril 2018

la 4e dimension (dernier épisode) *paysage 01






Il quitte la ville en regardant dans son rétroviseur le nom d'une agglomération que l'on aperçoit à l'envers: LAMRON. Sur l'écran, les rues qui, à l'instant, s'éloignent dans son dos, nous font face. Nous voyons ce qu'Usher voit: un monde à l'envers qui s'éloigne lentement, un monde qui est l'endroit où il vit, habite, fait ses courses, achète l'édition du matin, mange et dors. C'est la première scène, et dès le premier plan, on comprend que le destin de cet homme, roulant seul au volant de sa voiture, tient le volant à sa place.
Pierre Cendors, Vie Posthume d'Edward Markham



vendredi 6 avril 2018

la 4e dimension… (dernier épisode) *paysage 03






"À quel point du temps, dit Serling, à quel jour, à quelle heure d'une existence, un homme se retrouve-t-il brusquement face à lui-même? Face à sa destinée? Face à une heure où, pourtant, rien d'important ne se passe - une heure normale, quelconque, d'un trajet ordinaire sur la route de tous les jours -, mais où, tout dans l'esprit de cet homme, est sur le point soudain de basculer?
Si personne ne peut le dire avec certitude, une chose est sûre: une telle heure se prépare depuis longtemps pour quelques-uns, depuis l'enfance, et prend des années, la moitié d'une vie, à mûrir avant de sonner. Cette heure est venue pour Damon Usher, 46 ans, célibataire, un homme qui, sans le savoir, vient à cette seconde de franchir une frontière invisible au volant de sa voiture, celle de la Quatrième Dimension."
Pierre Cendors, Vie posthume d'Edward Markham



mercredi 4 avril 2018

la 4e dimension (dernier épisode) – *paysage 02






"On dit que les premières années de l'enfance […], sont les plus importantes, celles qui déterminent le reste de l'existence. On dit sans doute vrai, mais on ne vous dit pas pourquoi c'était important. Ce n'était pas d'être un enfant qui était important dans mon enfance, c'était autre chose. Je ne sais plus ce que c'était. […] 
J'aimais ce qui était silencieux, ce qui ne parlait pas. Les arbres, la neige, la pluie, le vent. Je crois que c'était ça le plus important. Un monde qui ne parlait pas. Un monde d'avant la parole. Un monde sans le bruit de l'homme. Un premier monde. Le monde des commencements, le monde silencieux des premières neiges, de la fonte printanière des lumières, de la fraîcheur tombale des forêts d'été, le monde aux sombres tonales venteuses des nuits d'automne. C'était ça mon premier langage."
Pierre Cendors, Vie posthume d'Edward Markham



mercredi 28 février 2018

fin du jour : mardi, 17h, l'heure du thé – scalpel en main, des pas perdus…





La fin du jour 
L’idée lui était venue de disséquer un de ses jours. 
Il choisit d’attendre le week-end pour disposer 
de tout le temps nécessaire. Le samedi, donc, 
il se planta, scalpel en main, devant sa table de cuisine 
et se demanda lequel de ses jours il choisirait. […] 
Une question plus délicate fut de déterminer 
à quel moment du jour il pratiquerait l’ouverture. 
Il choisit l’heure du thé, soit dix-sept heures.
 Les choses se compliquèrent par la suite, 
pour lui qui n’avait encore aucune expérience : 
choisir le jour et l’heure était une chose, 
mais c’en était une tout autre que de l’attraper, 
ce jour, et de l’épingler sur la table 
de la cuisine pour le disséquer ! 
Alarmé par le sort qui lui était réservé, 
le mardi en question avait bien sûr pris la poudre 
d’escampette et, toute la matinée durant, 
il fallut le poursuivre à travers la maison. 
Dans sa fuite, ce petit jour tenta à plusieurs reprises 
de disparaître derrière sa nuit pour échapper à son prédateur, 
tel le poulpe derrière son encre.
[…]
Les pas perdus, Étienne Verhasselt



vendredi 16 février 2018

mercredi 31 janvier 2018

lecture…





La lecture des œuvres littéraires nous oblige à un exercice de fidélité et de respect dans la liberté de l'interprétation.
[…] Les œuvres littéraires nous invitent à la liberté de l'interprétation, parce qu'elle nous proposent un discours à niveaux de lecture multiples et nous placent face à l'ambiguïté et du langage et de la vie.
Umberto Eco, "De la littérature".


lundi 22 janvier 2018

jeudi 18 janvier 2018

mercredi 17 janvier 2018

dimanche 14 janvier 2018