samedi 19 mai 2018

Reconnaissance de paysage…


Il avait mis au point un système de reconnaissance de paysages… une machine infernale, capable, au contact de mutilations, de reconnaître l’espace de leur création. À l’aspect de leurs formes, aux couleurs qu’ils prenaient, selon leur étendue, la manière dont ils s’effaçaient, s’estompaient… le dispositif s’activait et parvenait à déterminer leur nature et leur origine.

On aurait dit une sorte de miroir bizarre… La structure était froide et propre, réfléchissante, coupante, aux formes pures et géométriques. Passé par elle, tout était inversé, renversé d’un coup ; dévoilé à l’envers, présenté sur l’envers, exposé au revers.
Sur le dessus de la machine on pouvait lire :
« Attention ! Les mutilations ont un sens, les insérer à l’endroit. 
Ne pas forcer, leurs tracés, leurs marques sont fragiles. 
Si le paysage ne rentre pas c’est que vous vous êtes trompé de sens. Réessayez. »

La machine ne fonctionnait qu’avec les paysages, des paysages sans être. Des paysages réels, concrets. Pour les natures mortes c’était variable. Une nature morte intitulée Peau d'âne (un paysage immense et vert, planté – sous un ciel silencieux à la fois de lune et de soleil, baigné du jour et de la nuit – d’arbres au troncs immenses et sommets au feuillage vert mousse, représentant un sentier très étroit et à peine visible au milieu d’une pelouse vert sapin sans fin, au bord duquel, à mi-hauteur du tableau, à l’ombre d’un buisson d’arbustes sans forme, était posé un coquillage renfermant entortillés, enfoncés, une fourrure grise, une boule de plumes blanches et une toison frisée au ton pâle…) avait pu pénétrer et avait révélé une masse colorée intéressante, foisonnante, fascinante… et insoutenable ! Une interprétation tout à fait normale, classique.




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