mardi 26 mai 2020

aquarium, vivarium, volière… cage d'escalier…



Il a traversé l’espace, dans la verticale, du ciel vers le sol.
L’atterrissage s’est fait dans un bruit sec.
Puis il a immédiatement disparu.




Un long son aigu a commencé à se répéter du couloir. Cela semblait venir de la chambre du fond… 
Le rideau de la porte-fenêtre bougeait étrangement. Le son sortait du lit…
Il était là, quasi immobile, en-dessous, agité, gigotant, se défendant mais ne s’enfuyant pas. À l'endroit où il se trouvait, le parquet était balayé de traces et d'éclaboussures rouges… Dans l’ombre, il était difficile de savoir d’où le sang venait. Un bruit étrange, derrière les longs cris aigus faisait comme une respiration aquatique chhhhhhhhhfrflfrfrflfrflchhhhhhffffffffffrflfrflfrflchhhhhhfffffffffffrflfrflfrflfrflfrflchhhhhhhhffffffffffrflfrflfrflfrflchhhhhhhhhfrflfrfrflfrflchhhhhhffffffffffrflfrflfrflchhhhhhffffffffffrflfrflfrflchhhhhhfffffffffffrflfrflfrflfrflfrflchhhhhhhhchhhhhhhhhfrflfrfrflfrflchhhhhhffffffffffrflfrflfrflchhhhhhfffffffffffrflfrflfrflfrflfrflchhhhhhhhffffffffffrflfrflfrflfrflchhhhhhhhh
Sa tête enfin visible, la gueule haletante, il était à peine perceptible, le trou, au niveau de l’arrête du nez… C’était un jeune siamois gris, les yeux bleus et humides… Les animaux sécréteraient donc également des larmes… Le petit museau noir rendait la distinction de la pièce manquante difficile, mais c’était bien de là que le liquide rouge perlait et que les bulles de la même couleur vive s’échappaient.

Il n’avait jamais vu ce chat, il ne savait pas d’où il pouvait venir. Il n’arrivait pas bien à comprendre ce qui avait pu se passer… Il n’avait pas vu la chute. 
Au bout de quelques minutes, il put enfin l’approcher. Dans ses bras, il se calma un peu… les cris s’espacèrent, jusqu’à s’éteindre pour ne laisser la place qu’aux sons de halètement, de respiration aquatique et de l’éclatement des bulles. Le liquide perlait toujours et les yeux mobiles et éperdus débordaient d’une larme visqueuse et transparente. 
Dehors, rien ; aucune traces, ni de lutte ni de sang donnant une trajectoire. Au bout d’un moment à regarder autour, par terre, avec l'animal dans les bras, et le sang qui commençait à mouiller sa chemise, sa peau, et couler le long de ses avant-bras, il pencha sa tête en arrière. Il vit les balcons…
Il monta au premier étage, au deuxième. Rien. Le troisième lui paraissait trop haut, mais ne sachant quoi faire d’autre, un dimanche, il continua. Marche après marche, il se demandait quoi faire… il n’avait jamais eu de chat ou d’autres animaux – si ce n’est quelques insectes, escargots, chenilles, papillons, libellules, deux crapauds, un mulot, attrapés vers l’âge de 6 ou 7 ans et recueillis dans des bocaux aux couvercles pensés de trous, sur des lits d’herbe, des feuilles de salades, de coton ou avec un ou deux cailloux… "solution" qui lui paraissait inenvisageable. 

Arrivé au quatrième étage, une porte était ouverte. La jeune femme lui dit simplement que ce n’était pas la première fois mais qu’il ne semblait toujours pas comprendre.
– Qu’est-ce qu’il ne « comprenait » pas ? … que le sol ne se poursuit pas au-delà de la balustrade, la loi de la pesanteur, que les choses cassent en tombant, qu’un chat ne sait/peut pas voler…? 


Il ne sut jamais s’il avait survécu à cette chute de la rambarde du balcon du 4e étage. 
Il paraît qu’il existe des chats « parachutistes ».






jeudi 21 mai 2020

(rien)


Dans ces parages, la perspective de quelques instants ne se laisse pas tomber.
Aucun risque que quiconque vienne escalader la nuit.
Il glisserait très vite sur les heures qui suivraient.

Un petit point noir approchait.
Sans le quitter des yeux, il caressait l’idée de partir.
Cependant, il le regarda grossir.

Dans la mesure où il avait à peine eu le temps de se retourner,
on ne le trouvera pas déplacé.
Il était visible que tout près de l’endroit où il se trouvait, 
rien n’avait non plus bougé.






Seul un instant était passé.





Le silence était irréel,
le calme était profondément oppressant,
…le désert était masqué.


La théorie semblait avérée,
tout décrivait avec détails l’intérieur.

Il se contenta de les mettre à la porte
et de regarder ailleurs.

Ils restèrent où ils étaient.







Entièrement ceint d’un grand mur blanc,
tout paraissait tout droit en sortir.

— rien ne le surprenait plus.



Il demeura stupéfait d'en avoir caressé l’idée.
Une idée ridicule bien sûr
une fois, une seule fois…




dimanche 10 mai 2020

[le premier, celui qui a commencé, … ] [pourquoi]



[pourquoi] a-t-on besoin de connaître l'origine ?
le pourquoi, le début, le comment ?
l'œuf ou la poule
la poule ou l'œuf
…le coq
lever du soleil, chant de coq
chant du coq, lever du soleil
le matin apparaît-il parce que le coq a chanté
ou le coq se met-il à chanter parce que le matin va arriver ?
…puis le jour s'écoule pour laisser place à la nuit

les choses ont-elle une cause, une raison, ou simplement un ordre ?



"C'est dans l'ordre des choses"
C'est normal, c'est comme ça, il n'y a donc aucune question à se poser.


mardi 5 mai 2020

lundi 4 mai 2020

sans titre.






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« Mortinaissance »
Un arrêté royal du 17 juin 1999 définit en Belgique 
la mortinaissance comme « toute mort fœtale dont
 le poids de naissance est égal ou supérieur à 500 g. 
ou, si le poids de naissance n’est pas connu, 
ayant l’âge gestationnel correspondant (22 semaines) 
ou la taille correspondante (25 cm du vortex au talon) ».

En France, nous n'avons pas vraiment de mot 
pour ces « morts-en-naissances ». 
On parle d'acte d'enfant sans vie, enfant né vivant et viable
enfant né vivant mais non viable, enfant mort-né… 
Depuis un arrêt de la Cour de cassation en 2008, il n'existe
 théoriquement plus de seuil de poids ou de durée de grossesse
 s'opposant à la déclaration d'un enfant sans vie… 




lundi 20 avril 2020

jeu à articuler, ou pas…




C'est compliqué de demander pardon, 
c'est un geste délicat, un équilibre entre raideur orgueilleuse 
et contribution larmoyante et si l'on n'arrive pas à s'ouvrir à l'autre 
en toute honnêteté, toutes les excuses paraissent fausses et creuses"
Paul Auster













[…il se demandait si ces petites choses lui manquaient.
toute cette colonie de lapins qui gambadaient, trottaient, grignotaient, traversaient son existence…
eux aussi s'étaient dissouts avec le reste…]




mercredi 15 avril 2020

hypothèse géno-narratologique sur fond de couverts…





Il est certains auteurs capables de voir dans une cuillère un régiment de soldats. De faire de cette image, venue peut-être au cours d’un dîner ou du souvenir d’un repas singulier ou même ordinaire, le début d’une histoire d’amour, le point de départ d’une aventure rencontrant tous les éléments…



      Peut-être était-il, au moment de ce dîner, dans l’écriture de ce conte étrange, triste et beau, où terre et mer semblent imperméables. Cherchant comment aboutir, observant son assiette, perdu dans ses pensées, il croise un reflet sur son couteau… La flamme d'une chandelle, puis sa main, juste avant de tout évanouir en le prenant, le soulevant. C’est peut-être là qu’il décide que cet objet sera le nœud du dilemme final, le choix qui déterminera la fin. 
Plus tard, sur le bureau, l'objet ne traverse le cœur d’aucun prince et la sirène du papier rejoint les airs au lieu de la mer…
Ayant ainsi mis fin à ce texte, l’écrivain s’est sans doute couché ; enfin débarrassé du doute, ayant tranché pour le fatalisme plutôt que pour une féérie à la chute douce peu vraisemblable, très peu probable « dans la vraie vie ».
Soulagé de ce point posé, l'image du dîner lui est peut-être revenue en songe, en rêve. Voyageant, faisant aller ses yeux sur l’ensemble de la scène, dans la pièce entière, sur la table, les questions avaient peut-être commencé à se dessiner… Il se demandait peut-être comment cet élément l’avait soudain emporté ? … Pourquoi ses écrits devaient-ils laisser percer sa vie ? Pourquoi ce terme, ce reflet ? Comment sa plume se laissait-elle quérir, infiltrer, imbiber, colorer par son existence, ses émotions, ses souvenirs… son reflet
Porté par cette sans doute longue pensée, par ces questions, le tourbillon à un moment le submerge-t-il peut-être, puis se dissout, …peut-être s'envole-t-il vers ailleurs l’emmenant, le ramenant vers la table… À la gauche de son assiette, il croise peut-être alors cette cuillère lourde et profonde et s’y perd, y trouve autre chose, une amorce… Cette fois l'histoire commencée sur terre terminera dans les flemmes, mais par une union de plomb et de paillette, après un souffle de vent et un passage par l’eau, sur et sous, sur un bateau, dans le corps d’un poisson.

Le début et la fin d’une histoire peuvent tenir à peu de choses. Une histoire d’amour peut bien naître de mots, d’un soulier, d’un baiser, … alors pourquoi pas d’une cuillère à soupe mère de vingt cinq soldats.



Nous l’avons donnée à la sorcière [leur chevelure], dirent-elles, 
pour qu’elle te vienne en aide et te sauve de la mort. 
Elle nous a donné un couteau bien affilé que voici. 
Avant le lever du soleil, il faut que tu l’enfonces 
dans le cœur du prince, et, lorsque son sang encore chaud tombera 
sur tes pieds, ils se joindront et se changeront en une queue de poisson. 
Tu redeviendras sirène ; tu pourras redescendre dans l’eau près de nous […]. 
Mais dépêche-toi ! car avant le lever du soleil, il faut que l’un de vous deux meure. 
Tue-le, et reviens !

Il y avait une fois vingt cinq soldats de plomb, tous frères, 
tous nés d’une vieille cuiller de plomb : l’arme au bras, 
la tête droite, leur uniforme rouge et bleu n’était pas mal du tout.
[…] Les soldats se ressemblaient exactement, un seul était un peu 
différent, il n’avait qu’une jambe, ayant été fondu le dernier
 quand il ne restait plus assez de plomb. Il se tenait cependant 
sur son unique jambe aussi fermement que les autres et c’est à lui,
 justement, qu’arriva cette singulière histoire.

Hans Christian Andersen 
La Petite Sirène, 
Le Vaillant Petit Soldat de Plomb