samedi 23 juin 2018

Cassandre Oz (chapitre 03)


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Blanc, pivoine, neige, écrevisse, linge, rouge… ces couleurs successives lui donnent la sensation d’être un point clignotant, une sorte de phare criant, un signal d’alerte inévitable. Il a le sentiment d’être trahi, perceptible, manifeste et son travail contaminé, falsifié. Sa recherche lui semble désormais impossible. 
      Il doute continuellement de sa non-remarquabilité. Il en vient à penser qu’on ne peut plus l’ignorer. Et si on le perçoit, qu’on prend sa présence en considération, forcément, on agit en conséquence. Cela tourne dans sa tête… 
Ses analyses se trouvent donc faussées ! Tout ce qu’il fait, énonce est biaisé, factice.

Peut-être faudrait-il qu’il opère autrement. Il pourrait entamer une observation panoramique et globalisante du quotidien, de ce qui l’entoure. Il pourrait se lancer dans une étude du vivant, sur le vif et en immersion. Pourquoi pas un visionnage formel et continu, un mouvement inclusif et une mise en rapport actif avec le sujet, une implication personnelle ? 
Mais il n’a aucune idée de la marche à suivre pour cela. 
Accoutumé à une investigation continue, la vie de Cassandre Oz s’était petit à petit organisée autour de ses recherches sur le Cercle. Tout dans son existence s’était orienté autour de ces phénomènes et de leurs observation & analyse. Au fil des ans, son regard, son esprit avaient été éduqués à ne plus voir, appréhender, digérer, penser… en dehors de ces biais, selon ces critères d’évaluations, au rythme d’étapes protocolaires. Il avait perdu l’habitude et même la faculté de regarder sans filtre, fin ou dessein.                                                                                                                                                                                                                                                                         
      Pris dans l’engrenage de son enquête, son étude, en 20 ans d’expérience, Cassandre Oz était devenu un observateur, un spectateur, un témoin total ; un élément extérieur, neutre. Le Dr. Oz était devenu un chercheur exceptionnel, invisible, …étranger à la vie normale, commune, réelle…
L’éminent professeur Oz s’est éteint ce matin à la suite d’une crise chromatique.



mercredi 20 juin 2018

Cassandre Oz (chapitre 02)


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Cependant, depuis quelques temps, Cassandre est pris de doutes. Ses formules ne lui semblent plus si fondées, ses analyses et déductions lui paraissent erronées, injustifiées. Il n’ose plus écrire, plus rien dire, exprimer. À vrai dire, il n’ose plus grand chose. La peur le prend au ventre, souvent, n’importe où. La honte l’escalade continuellement. 

       L’objectivité n’existe pas … tout est relatif … l’erreur est humaine … et puis le ridicule ne tue pas ! Tout cela est certainement vrai, mais cette idée d’erreur, cette ombre du doute, ce spectre de l’absurdité, ça bloque, ça donne des sueurs froides… ça fait rougir ! 
       Le rouge, Cassandre le porte mal, surtout sur place, d’autant plus à l’arrêt. Avoir le rouge aux joues après une course est acceptable, aux yeux après vingt longueurs, pas désagréable, mais comme ça, dans l’inaction, il ne le supporte pas. 
       Puis, alternativement, passer par le blanc, le livide… n’est pas plus acceptable.

Arrêter les choses, les décomposer, en scruter les éléments à la loupe ou au microscope, les analyser avec le recul nécessaire, une distance neutralisante… Il n’est plus certain de sa formule ni de son processus de décryptage. 
      – Décortiquer, inspecter tous ces rapports, tous ces signes ou signaux du dehors, est-il le processus adéquat ?
      – Prélever, échantillonner, isoler les différents éléments, examiner chaque détail est-il vraiment juste, sensé ? 
      – Comment un extrait pourrait-il restituer l’essence d’un phénomène ou en déterminer la cause ? 
      Observer, collecter, relever, noter, annoter puis étudier a posteriori constitue-t-il le procédé le plus pertinent pour lire, analyser et comprendre les relations, la communication, le langage ?
Tout cela lui semble tellement absurde, saugrenu, inepte…




dimanche 17 juin 2018

Cassandre Oz (suite 01)


Depuis qu’il s’est lancé sur le sujet, il ne s’en est plus détourné. Il lui a donné tout son temps et n’a jamais remis en question ni sa démarche ni son protocole. Ses analyses lui ont toujours semblé justes et logiques, répondant à un raisonnement fondé, élaboré selon des critères et des données scientifiques.
      Observer, contempler, scruter, considérer, parcourir, lorgner, examiner, fixer. Son travail le passionne. 
Tous les matins, il se lève avec enthousiasme pour s’y remettre. Lorsqu’il n’est pas sur le terrain pour prélever le matériel nécessaire à son investigation, c’est avec autant d’entrain qu’il pénètre dans son bureau, se rend à la bibliothèque ou dans différents centres de recherche, dans divers lieux de documentation ou archivage. Il se demande même parfois si s’attabler à ses notes, aux échantillons qu’il a récoltés in situ ne lui procure peut-être même pas plus de plaisir.
      Examiner, analyser, développer, déduire, conclure, rédiger. Son travail est fascinant !
      …
      Se lancer à corps perdu, ne dit-on pas ? 
      Cela fait des années qu’il se donne « corps & âme » à son travail, qu’il s’y consacre complètement, s’y « implique » entièrement. Au fil des ans et des cas, il a le sentiment d’avoir assis son propos et bien étayé sa recherche. Issues de raisonnements éprouvés, ses hypothèses, ses déductions, lui semblent avoir atteint l’état de connaissances. De nombreux chercheurs évoquent ou s’appuient d’ailleurs désormais sur son étude et ses résultats.
      …
      Quotidiennement, Cassandre Oz s’adonne consciencieusement à sa recherche.











jeudi 14 juin 2018

Cassandre Oz…


  Cassandre Oz est journaliste & chercheur en relation et communication humaine. Il est reconnu comme l’un des plus grands spécialistes du Cercle
Son quotidien consiste dans l’examen méticuleux de l’ordinaire et de l’infime de la vie. C’est un observateur hors paire des liens familiaux, des signes et symptômes familiers, et un éminent débusqueur de sens qui excelle entre autres dans le décryptage du non-dit, des gestes invisibles et des micro-réactions. 
L’observation et l’étude du normal nécessite le naturel du sujet, une pureté de son action. Pour cela, l’environnement de ce dernier ne doit en rien être perturbé, influencé… Avec les années, Cassandre Oz a développé une faculté d’invisibilité assez remarquable. Il est capable de se fondre dans n’importe quel décor, de se faire instantanément oublier.
Cassandre Oz est de taille moyenne, assez fin, châtain, les yeux brun-noisette. Il porte des escarpins à semelle souple et des vêtements aux tonalités grises plus ou moins claires ou foncées, parfois un peu d’écru, ou des teintes entre le gris et l’écru comme des nuances ficelle ou lin. Son odeur est trop peu remarquable pour attirer l’attention, sa respiration inaudible, son rythme calqué, ajusté selon les êtres et éléments qui l’entourent, ses mouvements ne déplacent pas d’air… Cassandre Oz est un excellent agent de terrain.



mardi 5 juin 2018

jeudi 31 mai 2018

Il s'appelle Cléo.


Tout à coup, la naissance est interrompue et remplacée, déplacée, suspendue.
Une introduction va précéder la sortie…

Le corps est endormi et ouvert.

Une intrusion initie l'extrusion…
On presse une exploration, on opte pour quelques outils ; l'application de forces mécaniques est nécessaire.

L'autre est bien éveillé. 

Commence l'extraction corporelle.
L'éveillé ressent l'air, rencontre l'inconnu.
On coupe le lien. On le nettoie. Il ne reste plus rien de l'endormi. 

L'éveillé est petit, trop petit. 
On le met donc dans une petite boîte vitrée pour le mettre à l'abri, éviter tout risque, l'isoler.

L'ouvert a été refermé et dort toujours, en salle de réveil.
L'éveillé s'est endormi au fond du couloir, dans la nursery.
Tout s'est bien passé…



césarienne, du latin caesar "enfant né par incision", de caedere "couper", "inciser"
Étymol. et Hist. Av. 1585 adj. (Fr. RoussetDe l'enfantement Cæsarien cité par ParéŒuvres, éd. J.-F. Malgaigne, livre 18, chap. 42); 1611 section Cesarienne (Cotgr.). Dér. de César (v. ce mot), ce surnom étant fréquemment rattaché par les aut. lat. à caesus (a caeso matris utero) : cf. PlineNat., 7, 47 ds TLL onom. s.v., 34, 48; d'où, d'apr. IsidoreOrig., 9, 3, 12, ibid. 34, 64, le subst. caesar au sens de « tiré du sein de sa mère par excision » : qui enim exsecto utero eximebantur, caesones et caesares appellabantur.


mardi 29 mai 2018